Ne pas conduire autorise à l’esprit un vagabondage quand il ne s’endort pas sous l’effet sournois du bercement de la route jalonnée…
Il est libre alors de découvrir des opportunités auxquelles n’est communément prêté qu’un regard absent. Parce qu’elles demandent une disponibilité que la nécessité d’aller d’un point à un autre leur refuse, ces rencontres dévoilent un pan d’existence et de vécu rejeté par notre façon d’être au monde.
Quelle est leur importance? Sur le plan comptable ou de la précipitation, aucune et même tant mieux si elles sont hors de notre champ intellectuel. Mais sommes-nous calibrés ainsi? Ceux-là même qui ne perçoivent aucun intérêt dans ces petits riens sont probablement les mêmes cultivant les rencontres autour de la machine à café. Le phénomène n’a pas échappé aux sciences humaines. La seule contrainte froide nous est insoutenable et sa pression insistante n’est pas la dernière à nourrir les pathologies de tous bords qui marquent nos grands déséquilibres.
Les bords de routes montrent ce que le regard ne voit pas ou plus. Ils invitent à être autrement, comme à la sortie de la projection d’un film de Jacques Tati le spectateur se met à repérer dans la rue des incongruités jusqu’ici ignorées. Ils réactivent une dimension dévalorisée qui nous est inhérente et par le fait même, nous offrent d’être mieux nous-mêmes. Ils sont l’épiphanie de la perspective d’un renouveau culturel.
Voir –