Après une thèse consacrée à l’image au cinéma, une hésitation entre le cinéma et la photographie puis des activités de chercheur en sciences humaines, d’auteur et d’éditeur, Jean-Michel Hétru choisit la photographie professionnelle en 2006 et bascule définitivement vers le fine art en 2011.
La photographie qui l’intéresse gravite autour de l’observation fascinée, étonnée, ironique, humoristique ou tendre de la culture, des comportements, de l’histoire, de la nature aussi et sans doute de l’existence.
Spécialiste de l’imaginaire, il ne se lasse pas d’explorer le domaine de l’humain et de ses productions sous toutes leurs formes.
Délibérément tourné vers la pluridisciplinarité qu’il juge enrichissante parce que dangereuse, il aime le fantastique tel que l’envisageait Roger Caillois : une faille qui fait sortir des rails et découvrir autre chose.
Or, nous ne pouvons nous satisfaire de l’immensité de l’habitude et de l’homogénéité comme nous ne pouvons vivre avec les seules perspectives de la misère et de l’horreur qui nous assaillent de tous bords. Nous sommes des êtres de contraste et d’équilibre. Et nous avons besoin de contraste et de rééquilibre, ce que permet le fantastique qui peut ouvrir sur le plaisir, l’interrogation, la connivence, l’émotion ou la prise de conscience. Se faire du bien en infiltrant des ruptures discrètes, en dénonçant des carcans puissants, en riant aussi. Et se sentir bien pour pouvoir avancer. C’est cette démarche qui sous-tend son travail.
Il s’en remet peu au hasard. D’une façon générale, déclencher quand se présente « quelque chose d’intéressant » lui donne rarement satisfaction. Parce qu’il n’est pas seul et que tout va trop vite. Parce qu’il a besoin de lenteur, de maturation et de solitude.
Au fil de ses déambulations seul ou accompagné, il repère des petits riens. Certains l’accrochent quand d’autres lui sont connus depuis longtemps sans l’avoir convaincu. Le temps fait alors son œuvre.
Il travaille comme un peintre : il repère, note et revient pour chercher le meilleur moment. Et petit à petit, ce qui pouvait ne l’avoir que délicatement interpellé se dégage et s’impose. Tout se met en place : la lumière et l’ombre, la focale et la cuisine qui va permettre de réaliser ce qu’il a pressenti et surtout d’aller au-delà.
Être satisfait d’une prise de vue lui prend au minimum deux semaines. Si parfois tout va un peu plus vite, c’est sans compter avec les projets reportés à cause d’un moment décisif dont il devra attendre le retour l’an prochain.
Car ce n’est pas la conjonction de phénomènes sous l’effet du hasard qui va constituer la photo. C’est ce qu’il a remarqué qui se répète.
Il a horreur de l’appareil faisant la photo à sa place. Pour lui l’automatisme n’est pas plus un avantage que le correcteur orthographique s’entêtant à vouloir inscrire un autre mot que le sien. Il aime le matériel dont la présence instaure une relation de partenariat plutôt que de simple outil voire d’esclavage : les exigences techniques imposées par la caméra sont autant de possibilités de creuser la photo.

